Bonjour Martin. Pour commencer cet entretien, peux-tu nous faire un historique de l’entité organisatrice, le GDT ?
Avec plaisir. La GDT a été fondée en 1971, nous avons donc une histoire de 38 ans. Les membres fondateurs étaient des personnalités comme Fritz Steiniger et Fritz Pölking, les vrais pionniers de la photographie animalière. Au début, il n’y avait que des photographes animaliers. Aujourd’hui, la GDT représente tous les styles de photographie de nature et compte plus de 1000 membres. Nous sommes donc l’organisation de photographes de nature la plus grande d’Europe. La GDT s’est donnée comme objectif d’être un « forum » pour une photographie authentique de la nature. Nous voulons, avec l’aide de la photographie, montrer la beauté de la nature et sensibiliser le public à la protection de l’environnement. Nos moyens pour diffuser les photos sont notre festival, les deux concours et diverses publications. Si vous voulez avoir plus de renseignements par rapport à la GDT, notre site web se trouve à l’adresse www.gdtfoto.de. Je dois avouer que ce n’est qu’en en allemand et en anglais.
En Allemagne, il y a 15 groupes régionaux de la GDT qui se retrouvent périodiquement pour des activités diverses. Tout le monde peut devenir membre de la GDT. Nous avons aussi des membres français et serions contents d’en accueillir d’avantage. La GDT organise annuellement le festival international de la photographie de nature à Lünen en Allemagne. Ce festival se déroule toujours fin Octobre. Nous accueillons chaque année des visiteurs et des représentants internationaux de l’Angleterre, l’Espagne, des Etats-Unis, de la France, Belgique, Russie, Hongrie, Italie, et beaucoup d’autres. Cette année nous sommes très content de pouvoir offrir des présentations d’images de Paul Nicklen, Joel Sartore, Stefano Unterthiner, Manuel Presti, pour ne nommer que quelques noms mondialement connus.
Gerhard Wegner
Ingo Arndt
À côté du « GDT Nature Photographer of the Year », interne, on trouve le très fameux “European Wildlife Photographer of the Year 2009”, un concours ouvert à tous. Présente-nous ce concours prestigieux. (Dates, moments forts, nombre…)
Merci pour ton avis sur le concours « European Wildlife Photographer of the Year » (EWPY). Nous organisons ce concours depuis 2001, nous entrons donc dans notre neuvième édition. Petite précision sur ce qu tu as dit : il n’est ouvert qu’aux européens. Si on regarde les gagnants des années précédentes, on trouve des photos innovatrices et des photos qui sont directement liées à la thématique de la protection de l’environnement. Les images des concours précédents peuvent être vues sur notre page web à http://www.gdtfoto.de/content.php?siteloc=29 et nous publions aussi toujours un catalogue des images gagnantes. L’année dernière, nous avons ajouté au concours le « Fritz Pölking Award ». Ce prix prestigieux est attribué à un photographe qui présente un travail, un portfolio ou une série. Sous cette forme c’est un prix unique en Europe, selon moi. Les chiffres : L’année dernière, nous avons reçu autour de 7000 images par plus de 500 photographes venants de 24 pays d’Europe. C’était un peu moins que l’année précédente. Une des raisons possibles sont nos règles pour la manipulation numérique. Cette année, nous avons pour la première fois créée la possibilité de participer « en ligne ». J’espère que ça va encourager encore plus de monde à participer. D’ailleurs, le concours est encore ouvert jusqu’au premier juin, donc dépêchez vous.
De qui est composé le jury 2009 ? Aussi, comment choisir ce jury pour permettre un parfait mix entre attirances et goûts de chacun ? Un choix difficile ?
Dans le jury 2009 (pré jury compris) il y aura Theo Bosboom, Siegmar Bergfeld, Florian Möllers, Maurizio Biancarellli, Ariane Müller, Kurt Nägele, Thomas Block, Karsten Mosebach. Nous avons donc un jury international. Pour avoir une cohérence au fil des années, nous avons toujours un « directeur » dans le jury final. Nos juges reçoivent toujours des « Guidelines » pour les orienter. En parallèle, nous essayons toujours d’impliquer des personnes d’horizons différents pour s’assurer que des points de vue divers soient rassemblés lors du jugement. Le choix n’est pas facile, c’est sûr, et tous les candidats favoris ne sont pas toujours disponibles pour la date choisie.
Un sentiment récurant chez les passionnés d’images nature veut que le concours du EWPY paraisse plus « graphique », plus « composition » que son cousin anglophone de la BBC. Es-tu d’accord avec cet aspect ? Vois-tu des mouvances, des aspects particuliers dans les photographies reçues ? En d’autres termes, y a-t-il des différences singulières avec d’autres concours ?
Beaucoup dépend du jury mais c’est vrai qu’il y a des grandes lignes. Si on compare les images qui ont gagné le EWPY des années précédentes avec celles du concours de la BBC, je trouve que ta description « graphique » est assez juste. Un exemple : il y a assez longtemps, la GDT a commencé à publier et à valoriser des photos « floues », je pense en premier. Je crois que la GDT et ses concours ont été un « forum » pour une photo de nature « progressive » et je vois une partie de mon travail, comme président de la GDT, d’assurer cette continuité « progressive ». En disant cela, je ne veux pas du tout dévaloriser le concours de la BBC qui est un concours fantastique et qui, pour moi, reste la référence mondiale pour la photographie de nature. Beaucoup de photographes pensent que le concours de la BBC est un concours de photos d’action. A mon avis, ce n’est pas si facile que ça, mais j’ai certainement vu beaucoup de photos d’action époustouflantes primées par ce concours.
Ingo Arndt
Les photos que nous recevons sont chaque année différentes. La photographie numérique a permis à beaucoup plus de monde de faire des images techniquement très bonnes. D’un autre coté, cette année nous avons même reçu des photos faites avec un téléphone portable. La technique est importante, certes, mais une photo techniquement brillante sans aucun message n’aura jamais la chance de gagner un prix au EWPY. L’important est de ne pas se répéter, d’aller en avant.
Actuellement, il y a beaucoup de nouveaux concours qui se développent, et parfois les résultats sont très bons, comme par exemple le concours Asferico en Italie.
Très concrètement, une fois la date de clôture passée, comme se passe en interne la sélection des images ? Une sélection par pallier ? Un jury de pré-selection ? Quel est le cheminement vers la sélection finale ?
Le nombre d’images que nous recevons chaque année nous oblige à faire une présélection. Celle-ci va enlever principalement des images qui ne sont pas satisfaisantes techniquement. Lors du jury final, les images sont projetées par catégorie et un premier choix est fait. Après, les images retenues sont projetées encore une fois et un nouveau choix est fait... Ça peut prendre plusieurs étapes, selon le nombre d’images dans la catégorie. Ceci est répété pour chaque catégorie. A la fin, des gagnants de catégorie sont choisis. Parmi ces gagnants on détermine le grand vainqueur (lui-même au dessus du premier prix) et le deuxième prix de cette catégorie devient premier. Les photographes qui ont passés le pré jury seront contactés début juin et on va demander les fichiers raw. Ensuite, les gagnants seront contactés après le jury final lors du mois de juin.
Concours Européen, le EWPY est donc ouvert aussi bien à la chaleur latine qu’à la rigueur scandinave. Globalement, depuis que le concours fut lancé, observe t-on des changements dans les nationalités des participants ? Il y a-t-il des « afficionados », des nouveaux « outsiders » ?
Je n’ai des chiffres pour le concours que depuis 2003. Jusqu’à l’année 2007, il y avait toujours une augmentation dans le nombre des pays qui participent (le maximum était 27 pays en 2007). Le nombre de 24 pays en 2008 était légèrement inférieur, mais je ne pense pas que ça soit significatif. Je pense que les chiffres montrent que le EWPY est de plus en plus connu et qu’il est vraiment représentatif de l’Europe. Par contre, je n’ai pas de chiffres exacts pour savoir combien de gens ont participé par pays. Si on regarde les noms des photographes gagnants, il y a bien sûr des noms qui se répètent, mais aussi des nouveaux. On est content dans les deux cas et selon moi, c’est un bon mélange. Il y a peut-être quand même une augmentation pendant ces dernières années des gagnants venus des pays de l’Europe de l’Est, ce qui est une bonne chose. Aussi les espagnols sont très forts actuellement. Si on regarde les vainqueurs des catégories de 2008, il n’y avait qu’un seul allemand. C’est curieux, n’est-ce pas ? Je ne connais pas la raison, mais ça montre au moins que le concours est tout sauf chauviniste. Beaucoup de pays ont leurs associations et je pense que des échanges importants entre photographes, et pourquoi pas des concours nationaux, peuvent pousser vers le haut la qualité de la photographie d’un pays. Mais ceci fonctionne toujours sur un développement « en cycles ».
David Maitland
Orsolya Haarberg
Aussi, dans la même optique, voit-on des modes d’images apparaître (et disparaître chaque année)… par exemple les affûts enneigés des pays du nord ces dernières années ?
Il y a des modes, c’est sûr. Dans le jury de 2008 un des juges disait à un moment donné : « pas encore des images comme ça ! » (je ne veux pas divulguer le thème de cette espèce d’image). On avait aussi reçu énormément d’images de libellules. Ceci a fait que la concurrence entre ces images était énorme… et les juges étaient très saturés. Mais, à la fin, c’est une photo très différente des autres et très convaincante qui a été primée. Les affûts dans les pays du nord ? Non, il n’y en a pas trop eu ; nous n’avons pas encore eu un gagnant de catégorie dans ce style.
Il y aura toujours des modes photographiques, et comme tu dis, ça vient et ça disparaît.
Penchons-nous sur deux des huit catégories proposées : Nature's Studio et Man and Nature.
- Le « Man and Nature » est-il un moyen indirect de sensibiliser les personnes sur les dangers qu’encoure la biodiversité, ou permet-il simplement de proposer des clins d’œil de photographes ? Pourquoi cette catégorie ?
L’homme fait partie de la nature. La photographie de nature, ce n’est pas seulement montrer des forêts vierges, des photos sans trace de l’influence ou de la présence de l’homme. Notre catégorie ne se veut pas négative. On demande exprès des photos avec des messages négatifs et positifs. On ne veut pas servir des clichés. La biodiversité est un grand mot et très à la mode. C’est aussi très important, je suis absolument d’accord. La biodiversité trouve sa place dans cette catégorie mais beaucoup d’autres choses aussi.
Le « Nature’s Studio », lorsqu’on regarde les sélections passées, montre un aspect (justement) très graphique voire abstrait. C’est donc un excellent moyen d’attiser la créativité des participants et de toucher ceux que la photo d’action rebute ?
Exactement. On trouve souvent des photos très innovatrices dans cette catégorie. En 2008, lorsque tout les photos de cette catégorie étaient passées devant le jury, j’ai pensé : quelles bonne catégorie ! Je trouve que cette catégorie est importante pour le concours.
Quelles seraient les catégories dont le nombre et la qualité des participations restent en-deça de vos attentes ? Au contraire, quelle est la catégorie qui attire le plus ? Et selon-toi, pour quelles raisons ?
La catégorie qui reçoit souvent peu d’entrées est la catégorie « Man and Nature ». C’est dommage car je trouve que des photographes originales pourraient y trouver un beau champ de travail. Il n’y a pas trop de photographes qui se sont spécialisés sur ce thème. Peut-être parce que il n’y avait jamais de marché pour ce type d’images ? J’espère que les discussions actuelles sur la biodiversité, entre outre, vont créer un besoin pour cette catégorie d’images.
La catégorie qui reçoit toujours beaucoup d’entrées est la catégorie « oiseaux ». Les oiseaux semblent toujours avoir fascinés le photographe de nature. Malheureusement, on voit aussi beaucoup de photos dans cette catégorie qui n’apportent rien de nouveau.
Charles Hood
Une question revient sans cesse dans les discussions entre photographes… QUID des retouches photos ? A concours prestigieux, sélection rigoureuse ? Comment faites-vous la différence entre retouches mineures et interdites. Avez-vous eu des « cas » spéciales lors des précédents concours ?
Nous avons fait un grand travail pour établir des règles pour les manipulations numériques (http://www.gdtfoto.de/downloads/enj_09_leitfaden_digital_eng.pdf) et pour éliminer les photos « truquées ». On a essayé de trouver une juste balance entre la permission des retouches légères (et parfois même nécessaires) et les manipulations interdites. Nous ne permettons par exemple pas que des morceaux soient ajoutés ou enlevés des images. Des plumes ajoutées aux bouts des ailes, un oiseau de trop dans l’arrière plan enlevé, pas pour notre concours, s’il vous plaît ! Par contre, nous permettons des ajustage de la balance des blancs, du contraste, de la netteté, des expositions multiples faites au même endroit plus au moins en même temps (par exemple HDR ou panorama, mais pas des sandwichs style « oiseau contre couché du soleil »)… conversion en noir et blanc, dé-vignettage, etc. Je suis content de nos règles, oui, mais ce n’est pas quelque chose d’éternel, nous allons devoir les adapter dans le futur. Pour s’assurer que nous ne primions pas de photos qui soient contre nos règles, nous effectuons un contrôle. Ca nous a mis dans une situation dans laquelle nous avons du éliminer de très « belles » photos qui ont été présélectionnées. Avons-nous perdu le côté « astuces » du concours ? Je pense que c’est le contraire, la photographie de nature a gagné en authenticité. Je ne veux jamais me promener dans une salle qui héberge notre exposition du EWPY et entendre : « de toute façon, c’est truqué ». Pour moi, si la photographie de nature perd de sa crédibilité, c’est sa mort. Ceci ne veut pas dire que les possibilités drastiques de la photo numérique (post-traitement) ne peuvent s’appliquer à la photo de nature, mais pas dans notre concours.
Pål Hermansen
Diego López Álvarez
Merci Martin. Peux-tu, pour finir cette interview, nous rappeler les principales dates pour cette édition 2009 (clôture, expo, remise des prix…) ?
Merci à toi pour ces questions très intéressantes et la possibilité de présenter le concours EWPY de la GDT. Vous pouvez nous envoyer des photos (si vous voulez en ligne sur notre site internet http://www.gdtfoto.de/content.php?siteloc=363&action=open&owner=8) encore jusqu’au premier Juin, il faut alors se dépêcher. La remise de prix et l’inauguration de l’exposition du ENPY et du prix Fritz Pölking se dérouleront lors de notre festival du 23 au 25 octobre cette année. On planifie quelque chose de joli pour les photographes gagnants. De toute façon, l’ambiance est toujours très sympa. L’exposition va tourner après, elle sera présente en France lors du festival international de Montier-en-Der en Novembre cette année.
Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site du GDT