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L'Union des Photographes créateurs répond aux questions de Naturapics
Publié le 27/03/2009 par Sébastien Beghelli



Naturapics vous invite à signer la pétition sur le site de l'UPC


Bonjour à l'UPC. Vous lancez un appel pour "sauver la photographie". Quels sont les principaux dangers qui, en 2009, menacent la photographie ? Sont-ce des dangers récents ou récurrents sur les dernières décennies ?

Avec ses lois, la France protège très bien ses auteurs, la réalité est tout autre.

Parmi les problèmes importants :

- Le phénomène du libre de droit (apparu il y a une quinzaine d’année, notamment sur les CDs contenant plusieurs centaines d’images) a pris une ampleur incroyable avec Internet. Le piratage y est constant, et l’apparition de microstocks ne fait qu’aggraver la situation du marché. A titre d’exemple, un photographe qui fait 15.000 euros de recettes sur des sites (ce qui est exceptionnel) comme Fotolia, pourrait prétendre obtenir plus de 200.000 euros en passant par les circuits classiques. Cette concurrence déloyale donne un effet pervers à ces banques d’images qui prennent malheureusement trop d’ampleur.

- On note une baisse générale des tarifs dans la presse depuis de nombreuses années, du au dumping social de certaines agences de photos.
Ces agences pour maintenir leur chiffre d’affaire préfèrent vendre 100 photographies de 10 auteurs à 10 euros plutôt que 1 photographie à 100 euros d’un seul auteur.
La rémunération de l’auteur étant généralement de 50%, dans le cas du dumping l’auteur touchera 5 euros alors qu’il pouvez prétendre à 50 euros.

- Lors de procès en contrefaçon, nous somme confrontés à une remise en cause de l’originalité des photographies par nos contradicteurs. Certains juges approuvent ces arguments et nous avons beaucoup de difficultés à faire appliquer l’esprit de la loi sur la propriété intellectuelle (CPI) .

Cette tendance judiciaire entérine l’idée que la photographie est un simple objet de consommation sans valeur créatrice.

Parmi les souhaits liés à cet appel, vous demandez la création d'"Etats généraux de la photographie". Quels en seraient les fondations, les tenants et les aboutissants ? Plus généralement, quelles seraient concrètement les solutions pour encadrer juridiquement et socialement la photographie en France ?

A l’instar des Etats généraux de la presse ou de l’environnement, nous voulons mettre autours d’une table tous les acteurs du monde de la photographie.
Notre appel montre l’étendue de la mobilisation des photographes français pour sauver du naufrage le monde de la photographie.

Nous voulons que l’Etat soit garant du sauvetage de la photographie en remettant de l’harmonie et de l’ordre dans l’ensemble de la filière.
Ceci passe, sous la tutelle du Ministère de la culture, par des réunions entre experts, photographes, éditeurs amenant à des solutions globales : tout le monde doit y trouver son compte.

Même si l’UPC ne se pose pas comme un syndicat classique, en amenant par exemple un cahier de revendications précis, nous désirons néanmoins qu’en ressortent des lois, des modifications de lois et des règles strictes qui devront être appliquées (et non pas seulement écrites dans les codes).

Tout ceci pour lutter contre l’appauvrissement de l’identité visuelle (qui entraîne donc la mort des grands photographes).

Concentrons-nous sur deux phénomènes ultra-dangereux pour la photographie. Premièrement : les microstocks. On le sait, ces stocks gigantesques proposent des photos à très bas prix, cassant le marché en bradant l'image. Doivent-ils disparaître ? Pourraient-ils exister des cohabitations avec les photographes des circuits "classiques" ? Existerait-il une alternative ?

Disparaître, pas forcément.
Mais déjà respecter la loi française en respectant des seuils minimums ou des barèmes économiquement viables pour les photographes.

Il faut déjà savoir que Fotolia (microstock) gagne beaucoup d’argent, mais est à la limite de la loi (voire hors-la-loi). En effet, un photographe qui passe par un circuit classique, devra déclarer ses ventes d’images à l’AGESSA (la sécurité sociale des auteurs).

Sur des microstocks, chaque vente fait grimper de quelques euros un portefeuille détenu sur des sites web de paiement en ligne (type Paypal). Le photographe peut alors retirer la somme quand il le souhaite, sans fournir de note de droit d’auteur avec les imputations sociales. Ce qui est parfaitement anormal.
Pensez que si globalement les revenus sont insignifiants, certaines personnes arrivent a gagner plusieurs milliers d’euros par an (voire par mois), ce qui permet à ce système de perdurer.

La solution consisterait, via des règles, à casser le système économique de ces microstocks pour les transformer en agence. A partir de ce moment, leur durée de vie serait très limitée. Une alternative aux microstocks s’appelle la gestion collective (la SAIF par exemple). Ce genre de gestion, ouverte à tous les auteurs photographes, réduit les risques sur Internet et permet une rémunération équitable.
La Saif est une société de gestion de droits d’Auteur et chaque membre (photographe) est sociétaire de celle-ci. C’est un mode de fonctionnement qui doit se développer.

Deuxième point important, et nous avons malheureusement eu des exemples dans la photographie nature, les parutions magazines "gratuites". Sous un prétexte de "gloire papier", beaucoup de lecteurs donnent leurs images à titre gratuit. Comment lutter contre ces pratiques peu éthiques ? Dois-on renforcer la "surveillance" ? Imposer des règles aux éditeurs ?

La loi n’interdit effectivement pas aux magazines de publier des photos acquises gratuitement ou à bas coût.
La principale solution serait d’établir des barèmes, de les faire respecter et de respecter les modes de rémunération des journalistes photos.

Par exemple, dans la radio, les musiciens dont les œuvres sont diffusées sont rémunérés selon des points très précis, le tout sous l’égide de leur société d’Auteur : la SACEM. Le même système dans la photographie presse serait une bonne initiative.

Il faut noter que dire « vous serez vu par des milliers de personnes » n’est pas un prétexte correct. J’ai beaucoup d’exemples de photographes qui ont eu leur ¼ heure de gloire après avoir fait des couvertures sur des grandes diffusions, et qui, trois jours après, retombent dans l’oubli complet. Imaginez alors une simple photo dans une série en milieu de magazine… Les taux de réussite liés à une parution presse sont extrêmement faibles voire nuls. Là aussi, le seul bénéficiaire est l’éditeur qui obtient des contenus gratuit pour son magazine qui, lui, est souvent payant.

Autre exemple : on entend souvent dire « j’ai notifié votre nom en dessous de la photo ». C’est une aberration, car mentionner l’auteur est une obligation légale. Aucun magazine, aucun livre, aucune entreprise, ne peut outrepasser cette obligation.

La régle devrait être simple, un magazine doit payer le photographe à partir du moment où il publie une photographie.

Renforcer les lois de protection des auteurs et des images ne risque t-il pas de couper la passion des amateurs (aidée par l'apparition récente du numérique) ? Comment, justement, continuer à brasser cette synergie entre amateurs et pros ?

Le débat n’a, à mon sens, pas lieu d’être.

La différence entre un professionnel et un amateur est simple :
- l’amateur fait des photos quand il en a envie, sur les sujets voulus, au rythme désiré - un professionnel, lui, ne sera pas forcément décideur sur le sujet à traiter. Au contraire, il aura des obligations et devra donc répondre rapidement à une demande pour une diffusion.

Néanmoins, cette situation ne doit pas amener à interdire tout revenu aux amateurs. Il est normal qu’un amateur ait envie de tirer des revenus de ses photographies. Mais ces revenus doivent être encadrés. Finalement, sur des microstocks, ce n’est pas forcément la qualité d’une image qui donne envie de l’acheter, mais bien son prix.

Tout ceci ayant été boosté avec l’arrivée du numérique, qui remplit à grande vitesse les banques d’images.

Il y a encore 20 ans, un journaliste était un journaliste, un photographe de mode était un photographe de mode… Maintenant, avec ce marché gangrené, les photographes doivent multiplier les activités annexes pour avoir un revenu correct.

On retrouve donc des besoins simples :
- bases tarifaires
- organisation du métier de photographe
- normalisation de l’AGESSA

En outre, normaliser les droits de cession réglerait 90% du problème.

Avez-vous des exemples marquants qui pourraient illustrer la situation actuelle ? Doit-on, justement, contacter des entités comme l'UPC pour exposer son cas ? Je suppose que les actions en justice restent veines dans ce type de confrontation ?

Les photographes peuvent effectivement demander le soutien d’association comme l’UPC. Ces associations ont généralement des services juridiques (d’une ou plusieurs personnes) et sont là pour guider les auteurs voire les accompagner en justice.

Deux cas possibles :

- Un litige basique : le photographe sera renseigné sur ses droits et obtiendra une aide pour la rédaction de courriers
- Un litige important : l’association servira de médiateur et généralement, le diffuseur (pour différentes raisons), répare son erreur

Dans les cas plus graves, des avocats spécialisés sont conseillés, mais survient alors le problème de frais de justice, qui ne seront probablement pas couverts par les dommages & intérêts demandés. Beaucoup de photographes pensent qu’ils vont obtenir de larges réparations financières, ce qui est loin d’être le cas. Seuls certains exemples, type grosses contrefaçons, peuvent découler sur des sommes importantes en rapport avec le préjudice subi.

L’UPC peut décider d’accompagner les cas les plus graves et les plus significatifs, avec le but de faire avancer la jurisprudence et d’éviter d’autres problèmes dans le futur.

Ayons bien à l’esprit que monter une action juridique est très lourd, et il est nécessaire d’avoir une assise financière assez importante.

De nombreux photographes se questionnent : j'ai pris une photographie que j'expose sur Internet, une entreprise me contacte et me propose de publier ma photographie sur une plaquette. Que dois-je demander en échange ? Y a-t-il des bases tarifaires ? Un minimum à demander ? Vers qui se tourner pour demander conseil ?

Ce qui régit ce genre de demandes, c’est la loi du marché. Par défaut, les prix sont libres.

La seule solution serait un barème de référence qui respecte la loi en place et les équilibres économiques.
Surtout, il faut bien noter l’importance des cessions de droit. Comme je le disais, les microstocks, par exemple, proposent une cession globale, ce qui est illégal. De plus, cette cession se fait toujours pour un prix dérisoire.

Il faut une rémunération proportionnelle à l’utilisation qui sera faite de la photographie, le tout démarrant par l’élaboration d’un devis clair et précis.

Plus généralement, pour demander des conseils sur les prix à appliquer à des images, vous pouvez contacter l’UPC qui, fort d’une grande expérience dans ce domaine, pourra vous guider dans ces démarches.

Chaque magazine, chaque entreprise a sa propre grille tarifaire, mais il serait intéressant de développer une grille tarifaire globale pour l’ensemble des domaines.


A noter que l’UPC va proposer sous peu, sur son site Internet, des barèmes s’appuyant sur l’ensemble des cas traités et répondant à des règles justes et équitables entre photographes et éditeurs. Les photographes désireux de vendre leurs clichés pourront s’en inspirer sans le risque d’être en dessous ou au dessus du convenable.


Pour parler d’un de nos souhaits, il serait intéressant d’étudier la création d’un barème à point, tel qu’il existe dans la loi de 1985. Par exemple, en publicité, nous savons qu’un ¼ de pages pour tant d’exemplaires vaut telle somme. On appelle cela la rémunération équitable.

La consultation d’une grille tarifaire précise, détaillée, selon telle cession, pour telle durée, pour tel champs d’action, permettrait aux photographes une bonne gestion de leur photothèque.

Enfin, un autre constat doit être mis en lumière.
Il y a sur ce sujet un défaut d’information dès l’apprentissage de la photographie, par exemple dans les écoles spécialisées. Les modules de cours sur l’élaboration d’un devis, la gestion des prix, la déclaration de revenus… sont trop rares voire inexistants.
Si la technique est là mais que le photographe ne sait pas gérer financièrement ses travaux, c’est la porte ouverte à de nombreux abus et un risque important pour le métier.

Un ménage important doit être fait dans les écoles de photographies. Nous avons encore trop de demandes de ce genre… ce qui n’est pas normal et sain pour la filière photo.

Pour terminer cet entretien, quel serait, selon vous, l'idéal de la photographie dans 5,10 ans ? Avez-vous confiance pour que soit rétablie une certaine harmonie ?

Nous sommes, en ce moment, à un tournant de la photographie.

Deux issues possibles :

- Nous arrivons à trouver, via les Etats généraux, des solutions simples et équilibrées. Alors la photographie évitera la noyade.
- Nous ne trouvons pas de compromis entre les acteurs de la filière photo, et c’est alors un triste futur qui s’annonce. Certes la photographie existera encore pour longtemps, la liberté de création continuera d’exister. Mais les photographes eux, seront un à un touchés par le phénomène, et seule une petite partie aura encore les moyens de se battre contre la paupérisation du marché photo.

C’est finalement assez similaire à la crise qui a touché le cinéma. Par exemple, les amateurs photos avaient un autre nom : les figurants. Mais le constat était le même : on offrait une gloire (ephemere) à des « acteurs » d’un jour, sans offrir de compensation financière mais en prétextant une visibilité dans les salles de cinéma.

Le cinéma s’en est sorti grâce à l’instauration de règles qui ont permis de codifier le milieu. La photographie, pour être sauvée, doit elle aussi être codifiée et surtout bien mieux encadrée dans les années à venir.

Entretien téléphonique avec Pierre Ciot, vice-président de l'UPC



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