Capture NX2 par Philippe RICORDEL
Philippe Ricordel est un photographe amateur éclairé mais il est aussi spécialiste des logiciels Nikon, et en particulier de la dernière version du "dérawtiseur" Capture NX2.
Suite à la sortie récente de son livre "Capture NX2 pour les photographes", Naturapics s'est entretenu avec l'auteur qui aborde ici un aspect plus technique de la photographie en général et de la photographie nature en particulier.
Publié le 13/11/2008 par Arnaud Grizard
Bonjour Philippe, pourrais-tu te présenter en quelques phrases, en nous expliquant, entre autre, tes liens avec la photographie nature ?
Ca va faire bientôt 30 ans que j’ai reçu mon premier reflex. J’ai très vite voulu fixer sur la pellicule ce que j’avais l’habitude d’observer en étant à la campagne tous les Week-Ends. Avec un 50mm j’ai surtout commencé à faire des paysages et essayé de saisir des ambiances. Un peu plus tard, avec des focales un peu plus longues (75-200/4.5, un 135/2) et un doubleur j’ai pu m’attaquer aux petits mammifères comme le rat musqué, le ragondin, les batraciens et autres couleuvres. La photographie de sports mécaniques a également fait partie de mes passions photographiques. Après un temps d’arrêt et le passage par la vidéo, le virus photo est revenu avec l’achat de matériel numérique et à nouveau l’envie de fixer les scènes que la nature pouvait m’offrir.
Tu viens de sortir un livre sur Capture NX2, la dernière version du logiciel de développement des fichiers RAW de Nikon. Qu’est ce qui t’a poussé dans cette aventure ?
Tu parles d’aventure, je crois que le mot est bien choisi. Avant de m’engager dans ce projet je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Les contraintes de l’écriture m’étaient totalement inconnues, ma seule expérience était la rédaction de cours de formation et la traduction de documentation de logiciels. J’ai été mis en relation avec Eyrolles par Jean-Christophe DICHANT le responsable du site Nikonpassion qui lui-même avait été sollicité par les personnes de Nikon France. J’avais déjà écrit des articles pour ce site autour de Capture NX, ceci explique cela. L’écriture m’a pris environ 6 mois, sans compter la relecture. Ce fut à la fois aisé et difficile en même temps, la discipline de l’écriture quasi journalière, la difficulté à expliciter certains mécanismes du logiciel sans répéter la documentation d’un coté, mais aussi le plaisir de voir se construire un ouvrage au fil du temps, le choix des images pour son illustration.
Un tel ouvrage s’adresse t-il à n’importe quel photographe ou faut-il déjà maîtriser les outils de « postproduction » ?
Le livre a été construit pour permettre d’avoir plusieurs niveaux de lecture. Celui qui connaît déjà d’autres outils de traitement des images pourra aller directement lire les chapitres qui l’intéressent. Le débutant trouvera, lui, une progression dans l’ordre de lecture des chapitres. J’ai fait le choix de poser de nombreux renvois entre les différents chapitres justement pour permettre à un lecteur éclairé de commencer la lecture du livre où bon lui semble, tout en lui offrant la possibilité de faire un lien avec des éléments qu’il ne connaîtrait pas ou qu’il n’aurait pas encore lus.
AVANT / APRES :
Parade de grand tétras dans la neige.
Une photo à l'origine très sous-exposée, mesure sur la neige au lieu du corps de l'animal. Un rattrapage de l'exposition avec la fonction Correction d'exposition, épaulé par une action sur le curseur Basses lumières. Vu les modifications profondes des données d'exposition, un traitement, léger, du bruit a été nécessaire (utilisation de la fonction Réduction du bruit dans le module réglage).
Comment as-tu articulé ton livre ? Se démarque t-il, dans ce sens des autres ouvrages dédiés aux outils de développement de l’image ?
L’articulation se fait en 3 parties principales, les chapitres 1 à 3 permettent de replacer l’image numérique dans une optique d’utilisation de celle-ci, la présentation des fonctions de Capture NX2 est également réalisée et l’utilisation des outils les plus simples à mettre œuvre est abordée. La seconde partie est consacrée aux autres outils offerts par le logiciel, l’utilisation de combinaisons entre ces outils et leurs principes de mise en œuvre sont traités aux chapitres 4 et 5. Enfin la dernière partie traite de l’impression et du traitement par lot, des domaines souvent obscurs pour bon nombre de photographes.
Je pense que ce n’est pas tant le livre qui se démarque que l’outil NX2 qui offre des possibilités de traitement extrêmement puissantes aisément accessibles et maîtrisables pour peu que l’on veuille prendre le temps de comprendre sa philosophie.
AVANT / APRES :
Couple de cygnes chanteurs.
Avec cette image monochrome dont les sujets sont assez lointains, l'image est sous-exposée, et du fait d'un ciel gris et bas, l'image apparaît terne. Ici, les points de contrôle blanc et noir ont été utilisées pour définir les 2 limites (blanc / noir) de l'image. Ensuite, afin d'obtenir un effet plus naturel, des ajustements sur les valeurs absolues, qui avaient été déterminées en utilisant les points de suivis, ont été réalisés.
Parlons maintenant du logiciel à proprement parler, quels sont à ton sens ses points forts et ses points faibles, qu’est ce qui le démarque des autres outils ?
Capture NX2 est l’outil dédié au développement des fichier .NEF (le RAW des appareils Nikon). Son premier point fort, et non des moindres, est sa parfaite intégration avec les appareils de la marque. C’est aussi les points de contrôle couleurs qui permettent en quelques clics de souris d’éclaircir une zone d’ombre sans se préoccuper de débord sur la zone adjacente. Le tout couplé à des outils de sélection extrêmement précis et surtout combinables entre eux à l’infini. Enfin, la mise en œuvre des fonctions de l’outil est aisée et permet d’obtenir le meilleur d’une image très facilement et très rapidement. Pour les défauts, je dirais que chacun en trouvera de différents suivant son utilisation du logiciel. Pour ma part, le module d’impression pourrait voir son paramétrage amélioré, de même le traitement par lot pourrait devenir multisessions pour permettre de traiter un lot d’image en même temps que l’on travaille sur un image spécifique, ce serait un plus certain. Capture NX2 s’intègre dans une suite logicielle (NikonTransfer, ViewNX et Capture NX2), et le comparer directement à tel ou tel outil serait faire abstraction de cette intégration. Personnellement, j’utilise ViewNX et Capture NX2 conjointement, les deux logiciels étant actifs en même temps, je navigue entre les 2 en permanence. Sinon, je retiendrai la facilité avec laquelle on peut effectuer des opérations de traitement complexes.
AVANT / APRES :
Jeune jacana.
La modification la moins visible, du flou a été rajouté sur les nénuphars de l'avant plan afin de donné l'impression d'une profondeur de champ plus étroite qu'elle ne l'était sur l'image d'origine. La fonction de flou gaussien a été utilisé en conjonction avec une sélection avec l'outil dégradé. Sélection qui a permis une transition zone floue zone nette naturelle. En procédant ainsi l'oeil est plus facilement attiré par l'oiseau.
En tant que photographe, membre de l’ASCPF, quelles sont à ton avis, dans les logiciels de traitement, les fonctionnalités les plus utiles en ce qui concerne notre passe-temps favori à savoir la photographie nature ?
Il y a plusieurs fonctions qui nous sont généralement indispensables, je pense notamment aux fonctions de netteté (Masque de flou, accentuation, filtre passe-haut, etc.) qui vont permettre de faire ressortir le plumage d’un oiseau ou la densité du poil d’un mammifère, au contrôle de la balance des blancs pour éviter les dominantes de couleurs que l’ont peut rencontrer en photographiant dans un sous-bois par exemple. Les fonctions de contrôle de la lumière seront aussi fort utiles, le contraste pour réduire une brume un peu trop présente, courbes et niveaux pour redonner un peu de tonus à certaines images, notamment celle prises dans des conditions météo difficiles. On n’inventera pas le soleil qui n’était pas présent, mais on pourra toujours améliorer le rendu en termes de colorimétrie en combinant cette fonction avec celle permettant de modifier la saturation. Enfin des fonctions plus rarement utilisées, car le plus souvent méconnues, permettent de modifier la profondeur de champ, de changer une couleur, etc.… Je n’ai pas cité le traitement du bruit, mais c’est une préoccupation bien réelle pour la plupart d’entre nous quand nous nous voyons obligés de travailler à des sensibilités très élevées.
Il existe un débat entre les « adeptes de la retouche» et les « gardiens de la réalité », en tant que spécialiste de ce domaine, jusqu’où penses tu que l’on puisse aller dans le traitement et la retouche d’image, notamment en photo animalière ou de paysage ?
Beaucoup de choses sont possibles aujourd’hui, que ce soit avec Capture NX2 ou d’autres logiciels, le tout sera de savoir jusqu’où nous pouvons aller dans la transformation de l’image originale, ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas. Nous avons une indication donnée par les règlements des différents concours de photographie nature. A chaque fois, le recadrage est limité, on y indique, par exemple, que seuls les contrastes, niveaux et courbes pourront être retouchés. Est-ce la bonne limite ? Peut-être, peut-être pas, un élément indésirable, mais indépendant de notre volonté ne pourrait-il pas être supprimé ? Un moucheron sur le ciel bleu, une tâche de couleur qui attire l’œil en dehors du sujet, serait-ce alors trahir l’image première ? Le débat est vaste, et au vu des possibilités sans cesse améliorées des logiciels mis à notre disposition, il n’est pas prêt d’être clos. A mon sens tout dépend de l’esprit dans lequel on aborde la photographie nature, pour moi le traitement doit magnifier l’image telle qu’elle a été composée, capturée initialement, pas pour la transformer à outrance.
AVANT / APRES :
Tadorne de belon au décollage (photo prise à la Ferme du Zuidbrouck).
L'image est sous-exposée car prise à contre jour, qui plus est le reflet du ciel gris dans la mare trompe encore un peu plus la mesure de lumière, celle-ci étant réalisée sur le corps du tadorne. L'exposition globale de l'image a été revue avec la fonction Corection d'exposition, puis un point de contrôle couleur a été posé sur l'oeil du Tadorne pour lui redonné un petit éclat (celui-ci existait mais était rendu invisible par la sous -exposition de cette zone même après application de la fonction Correction d'exposition). On pourrait encore améliorer l'image en diminuant la luminosité de l'eau en bas de l'image.
Comment t’organises-tu entre le moment où tu fais une image et celui où elle est prête à être imprimée, quel est ton « workflow » ?
Utilises-tu plusieurs logiciels ou au contraire, un seul et unique ?
Mal ! (rires) En fait cela dépend beaucoup de mon niveau d’activité professionnel ou personnel sur d’autres sujets. Par exemple j’ai tout un lot d’images réalisées au Japon cet été qui sont encore en plan (je viens seulement d’ouvrir un fil sur le forum de l’ASCPF). Autrement, je pourrais résumer mon processus de traitement ainsi. Sur le terrain j’essaye d’éliminer tout ce qui est flou, membres coupés, cadrages défaillants, etc.… Une fois rentré, je visualise les images en effectuant le même type de tri en utilisant ViewNX, cela me permet d’éliminer les images m’ayant échappé lors de la première passe. Après je range par catégorie ou par espèce, de façon a pouvoir constituer une table lumineuse ou se succèdent des images du même animal ou de la même famille. Je réalise ensuite un tri à 4 niveaux, celles qui techniquement et en terme de composition retiennent mon attention, elles sont notées 7, celles juste en dessous en terme qualificatif seront notées 6, celles où j’ai un doute seront notées 4, le reste en 1. Les images notées 1 seront toutes effacées, les notées 4 j’y reviendrai plus tard pour confirmer ou infirmer mon jugement, elles ont quand même de fortes chances d’être effacées. Les notées 7 seront passées dans Capture NX2, la première d’une série servant à réaliser un set de fonctions qui sera ensuite appliqué à l’ensemble de cette série. Des ajustements mineurs étant réalisés au coup par coup par la suite. Si je possède beaucoup d’image notées 7 pour une même espèce celles notées 6 seront éliminées, sinon elles seront passées en revue pour éventuellement les traiter et les noter 7.
Tu es également un grand voyageur, peux tu nous expliquer ta manière de trier et de traiter tes photos lorsque tu es à l’autre bout du monde, au Venezuela ou au Japon ?
Effectues-tu un travail en amont ou tout se passe t-il une fois rentré à la maison ?
J’ai déjà un peu répondu; mais pour être plus précis sur la phase tri, voici comment je procède lorsque je suis à l’autre bout du monde. Quand la visualisation se fait sur un videur de carte je reste assez conservateur, quand c’est vraiment mauvais je n’hésite pas à effacer. Quand j’ai un doute, je garde. Il faut que cela aille très vite lors de ce tri sur le terrain. Si j’ai pris un ordinateur portable avec moi, j’utilise ViewNX en visionneuse plein écran pour réaliser un tri qui va se révéler un peu plus précis, mais là encore il faut que cela aille très vite. Car sinon l’émotion de la prise de vue l’emporte facilement sur la qualité intrinsèque de l’image, et on peut facilement se retrouver avec des gigaoctets d’images qu’il faudra de toute manière éliminer à un moment ou un autre. Par contre je ne fais qu’exceptionnellement un traitement d’image sur place.
AVANT / APRES :
Tadorne de belon en vol (photo prise à la Ferme du Zuidbrouck).
Pour comprendre pourquoi l'image est aussi sur-exposée, il faut savoir que cette image est la suite de la précédente et que la mesure de lumière ne c'est pas suffisament adaptée aux changement de conditions de prise de vue. Une utilisation de la fonction Correction d'exposition permet de rectifier l'exposition globale de l'image, le curseur Basses lumières étant utiliser pour conserver des détails dans le plumage, l'utilisation de la fonction de saturation est également nécessaire pour redonner un peu de tonus au couleur du canard. Comme sur l'image précédente, un point de couleur est utilisé pour éclaicir l'oeil et lui redonner vie.
As-tu des projets sur le feu pour la fin 2008 et pour les années à venir ?
D’ici la fin de 2008, pas de projet en cours, par contre pour 2009 il y en a déjà un qui est bouclé, c’est le Japon, en hiver cette fois-ci avec au programme l’aigle de Steller, les grues du Japon, les pygargues à queue blanche, les macaques dans leur Onsen (bain d’eau chaude) entre autres. Peut-être un autre en Alaska mais c’est un peu trop tôt pour en parler. Après pour 2010, il pourrait y avoir l’Iran, la Chine ou encore autre chose.
Merci Philippe pour avoir pris le temps de répondre à nos questions. Un dernier petit mot ?
2 choses ; premièrement je voudrais dire que j’ai vraiment pris du plaisir à écrire ce livre sur Capture NX2, les premiers retours montrent que les lecteurs apprécient l’ouvrage, je peux dire que ça fait vraiment plaisir. Deuxièmement, je voudrais attirer l’attention sur la diversité qui nous entoure et que nous ignorons au quotidien. Je réalise de nombreuses images dans le nord de la France, précisément autour de Saint Omer (Ferme du Zuidbrouck, réserve du Romelaëre, forêt de Clairmarais). Il y a là des ressources insoupçonnées de biodiversité, ressources qui sont menacées par les abus en tous genres et de toutes sortes. J’espère sincèrement que nous pourrons revenir à un environnement suffisamment protégé pour que l’opportunité de voir un martin pêcheur à 10 m de soi ne soit plus un exploit réservé aux seuls photographes sous leurs affûts.
Plus d'infos sur le livre dans le lien suivant :
Capture NX2 pour les photographes chez Eyrolles
La galerie de l'auteur :
Philippe RICORDEL
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