Première immersion dans la jungle costaricaine

Premier d'une série d'articles sur la forêt tropicale écris par nos amis de l'association Exode Tropical, ce texte vous prodiguera conseils et astuces pour préparer un voyage dans la dense jungle. Présentation de ce lieu magique, préparation du sac à dos, sortie nocture, observations, etc. Il fait chaud et humide sur Naturapics...
Publié le 05/12/2007 par Sébastien Beghelli
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Sous les cris puissants du singe hurleur, le soleil se lève sur la canopée tropicale. Comme chaque matin depuis des millions d’années, une chaleur constante et une atmosphère étouffante règnent sur ces forêts humides.

Le Costa Rica possède quelques unes des plus grandes surfaces de forêt primaire d’Amérique centrale. Tortuguero, Corcovado, La Amistad, dans ces terres sauvages il n’y a pas de saisons, ou presque : la saison des pluies et la saison où il pleut. Les précipitations annuelles peuvent dépasser 5 mètres et la température descend rarement sous les 25°C. Les plantes poussent et fleurissent tout au long de l’année, chacune à son rythme et leur feuillage est permanent.

Les forêts humides qui s’étendent ici abritent un véritable hot spot de biodiversité, un endroit unique au monde pour la richesse de sa faune et de sa flore. L’évolution a permit à des milliers d’espèces vivantes de survivre. Symbiose, parasitisme, mutualisme, prédation, chaque espèce a su trouver des stratégies pour se nourrir et se reproduire dans son environnement. Chaque être vivant tisse des liens forts avec d’autres, car nul ne peut survivre seul : pour se frayer un chemin dans l’évolution, il faut à la fois lutter pour la lumière, pour l’espace, pour l’eau, les ressources alimentaires mais aussi cohabiter avec son entourage. Chaque espace, chaque rayon lumineux, chaque niche écologique est exploitée. Pour la cime des arbres, la voute forestière, le sous-bois, le sous-sol, les ressources sont à partager. La forêt tropicale est un écosystème fermé, tout ce qui est produit est vite consommé. Dans cet univers d’ombre et de lumière, d’harmonie et de compétition, la vie s’est adaptée aux contraintes climatiques tout en faisant preuve d’une incroyable ingéniosité, d’une imagination sans retenue pour créer une extraordinaire variété d’animaux et de végétaux.

De l’infiniment grand à l’infiniment petit, les techniques de survie en forêt humide sont innombrables et toutes plus surprenantes les unes que les autres : on se cache, on se montre, on leurre, on s’associe, on parasite, on tue. Il faut se nourrir et se reproduire. Pour optimiser leur croissance, des arbres vivent en symbiose avec des champignons microscopiques. Pour trouver un support ou de la lumière, des plantes se déplacent, évoluent au-dessus de l’eau ou étranglent des arbres. Pour se défendre, des grenouilles se nourrissent d’insectes venimeux pour devenir toxiques à leur tour. Pour échapper aux prédateurs, des chenilles miment des serpents.

Préparer son sac.


La forêt tropicale humide est un milieu relativement hostile à l’homme et il n’est pas toujours aisé d’y évoluer. Chaleur, humidité, pluie, boue, moustiques, reliefs accidentés…une randonnée dans cet écosystème se prépare un minimum. Il ne faut pourtant pas s’imaginer traverser la forêt à la machette ! Les réserves protégées sont des zones accessibles aux touristes, un grand nombre de sentiers y sont tracés.

Etre préparer physiquement est le premier conseil pour celui qui veut entreprendre de longues marches. L’air est étouffant, on se déshydrate vite. Les sentiers sont parfois longs, raides et peuvent emprunter sur plusieurs kilomètres des bords de plage où le soleil frappe violemment. S’ajoute souvent un sac à dos relativement chargé. Même avertis, certains marcheurs se font surprendre par la chaleur, manquent d’eau ou surestiment leur endurance. Mais il n’est pas nécessaire d’envisager 3 jours de marche difficiles pour apprécier la faune et la flore dans les forêts tropicales humides.

Dans tous les cas, il est très recommandé de partir avec un bon sac à dos et un peu de matériel. Le kit indispensable de l’observateur pourrait se résumer ainsi :
  • de l’eau en abondance
  • des sucreries
  • des jumelles lumineuses
  • un ou plusieurs guides naturalistes
  • une lampe torche .1 : pour éclairer les trous, cavités où se cachent un grand nombre de petits animaux, 2 : pour une sécurité supplémentaire, la nuit tombe vite et tôt
  • une loupe
  • un équipement photo
  • une cape de pluie
  • un mouchoir pour éponger la transpiration
  • et pour plus de tranquillité un excellent anti-moustique (préférez les crèmes aux sprays, ils se vident moins vite)


  • Pour la tenue vestimentaire : des chaussures de marche montantes et antidérapantes (ou des bottes en caoutchouc si le sentier est très boueux ou riches en serpents), préférez les manches longues et un pantalon pour limiter les zones exposées aux moustiques (ou s’assurer d’emporter l’anti-moustique !), portez des couleurs ternes, sombres.
    caiman

    Aiguiser son œil.


    En entrant dans ces forêts, c’est un monde magique, sur plusieurs étages, qui se dévoile. Par sa luminosité d’abord. Les grands arbres forment une voute dense à 40 mètres du sol qui filtre presque totalement les rayons solaires. Au niveau du sol, seul 1% de la lumière pénètre. L’air est moite, l’environnement obscur et il règne une odeur de moisi. Un monde magique par sa vie ensuite. On est toujours sur le territoire de quelqu’un. La vie abonde mais il faudra être calme, attentif et curieux pour l’observer dans sa globalité.

    La vie grouille, mais elle est souvent bien dissimulée. Marcher lentement, regarder partout, écouter le moindre bruit sont les règles d’or pour découvrir les âmes du sous-bois. En se baladant sur les sentiers forestiers, il n’est pas difficile de repérer les singes : ils sont bruyants, se déplacent dans les branches et ne fuient pas systématiquement l’observateur. Chez les mammifères, d’autres rencontres sont assez fréquentes : un agouti, un groupe de coatis. Mais il faudra être plus minutieux pour observer les grenouilles terrestres mimétiques de la litière, le serpent à l’affût au pied d’un arbre, le toucan perché en haut des arbres ou le phasme brindille. A force de pratique durant nos balades, nous avons notamment débusqué une vipère des palmes cachée sur la racine d’un ficus. Son immobilisme et son mimétisme de l’écorce était saisissants, un beau coup d’œil. Mais ce n’est qu’en apprenant plus tard qu’aucun guide de la journée ne l’avait démasqué que nous avons compris que notre regard s’affinait.

    Pour optimiser vos découvertes, il faut être lève-tôt. Au levé du soleil, avant 6 heures en général, les oiseaux, les grenouilles, les singes, les agoutis, les loutres sont plus actifs. Dès 9 heures, la température est élevée et bon nombre d’entre eux partent se réfugier et se reposer dans les zones ombragées.

    Les sorties nocturnes.


    N’oubliez pas les sorties nocturnes. Vous ne pouvez apprécier pleinement les forêts tropicales sans être sorti de nuit avec votre lampe. Au fur et à mesure que le jour disparaît, beaucoup d’animaux se couchent, mais une foule se lève. La faune que vous y observerez est complètement différente. Ce sont des grenouilles arboricoles plus nombreuses, des insectes (notamment de superbes papillons). Celui qui se livrera à l’expérience de la « manta » en forêt (un grand drap blanc suspendu et éclairé) n’en croira pas ses yeux. Les couleuvres chassent, les pacas et tatous vagabondent dans le sous-bois. Les sorties nocturnes sont aussi l’occasion d’observer les espèces diurnes au repos : qui a déjà vu des anolis ou des colibris dormir ?

    Besoin d’un guide ?


    De nombreux guides naturalistes louent leurs services. Utiles la première fois, ils ne sont pas indispensables à chaque sortie sur le terrain (de jour, car ils sont en général obligatoires de nuit dans les aires protégées). Certes le guide sait où cherchez, mais si vous cherchez partout, vous finirez aussi par savoir où, quand et comment chercher. Quand vous aurez trouvé votre premier paresseux, vous ne passerez plus à côté du prochain. Quand vous aurez reconnu le cri des singes-araignée, vous pourrez ensuite les repérer à l’oreille. Quand vous aurez été surpris par un agouti, vous apprendrez à marcher silencieusement. Le guide à des connaissances supplémentaires, mais il est très excitant de repérer soi-même un petit lézard au sol, de découvrir une grenouille cachée dernière une liane ou encore de se familiariser avec les sons. Le guide vous apportera des informations mais il vous enlèvera peut être le plaisir de chercher. Nous le recommanderions cependant pour plusieurs sorties botaniques. Encore une fois, prenez votre temps, regardez en tous lieux, n’hésitez pas à refaire plusieurs fois le même sentier et vous aurez des surprises, même sans guide. Apprenez à observer, votre œil s’aiguisera vite.

    Copyright photographique : Sylvain Lefebvre et Marie-Anne Bertin
    Lien web : Le site de l'association Exode Tropical

    Un article proposé par Exode Tropical



    A propos de l'auteur

    Sébastien Beghelli
    Créateur de Naturapics en mai 2007. Webmaster de formation, il a su fédérer de nombreux contacts autour de l'idée d'une communauté sur la photographie nature. A la fois reponsable technique et relationnel, il dirige la rédaction du site et assure les liens avec les différents partenaires.
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