Gilles MARTIN
Nouvelle interview avec un grand nom français de la photographie nature. Gilles Martin nous parle de son "Arche photographique", de son paradis photographique de la Brenne et de son amour pour la Nature et les belles images.
Photographier nos plus belles espèces avant leur disparition est son grand objectif; découvrez l'artiste et son projet... grandeur "Nature" !
Publié le 17/10/2007 par Sébastien Beghelli
Naturapics : Gilles bonjour. Peux-tu te présenter en quelques phrases en nous expliquant, entre autres, tes liens avec la photographie nature ?
Gilles : Je suis venu à la photographie en regardant mon père peindre des aquarelles sur les bords de la Loire. Il m’expliquait les règles de composition, les points d’or, l’harmonie d’un tableau. Vers l’âge de 7 ans, mon grand-père m’a offert un appareil photo et j’ai commencé à photographier les animaux : chats, chiens, canards qui vivaient chez mes grands-parents. C’est beaucoup plus tard que j’ai pu concilier mes trois passions : la nature, les voyages et la photo pour en faire un métier.
Naturapics : Quel matériel utilises-tu ?
Gilles : Pour tout ce qui est reportage à l’étranger, j’utilise le système EOS Canon : optique du 20 au 500 mm + tous les accessoires classiques, multiplicateurs de focales, flashs, etc.
J’utilise également pour la macrophotographie et la microphotographie le système Olympus OM qui reste encore pour moi le plus performant aujourd’hui même s’il a été créé dans les années 70, avec des accessoires uniques dont les grandes marques actuelles devraient s’inspirer. Je pense au flash annulaire parabolique et aux bagues allonges télescopiques !
Naturapics : T'est-il déjà arrivé des pépins techniques en pleine « séance » ?
Gilles : En photographie animalière, on ne compte plus les pépins ! L’un des plus mémorable m’est arrivé en forêt amazonienne au Pérou, plus précisément sur la rivière Tambopata où j’avais planifié de longs mois à l’avance des photographies de perroquets qui mangent l’argile sur le bord des rives. Plusieurs semaines avant mon arrivée, j’avais fait construire par les autochtones plusieurs affûts près des sites intéressants. Quand je suis arrivé, la saison des pluies, plus importante que d’habitude, avait emporté tous les affûts placés sur les berges de la rivière ! Et pour couronner le tout, il a plu sans discontinuer pendant les 10 jours de mon séjour. Résultat : pas une seule photo réalisée et beaucoup d’investissements perdus.
Naturapics : Tu as lancé il y a quelques temps un fabuleux projet : "L'arche photographique". Peux-tu nous le présenter ? Pour rebondir sur cette question, n'est-ce pas le plus pharaonique (en terme de prise de vue, de voyages, de matériel...) des projets qu'un photographe puisse tenter (puisque que dans le fond, il rassemble plusieurs petits projets) ?
Gilles : Depuis plusieurs années, je me suis en effet engagé dans un projet « L’Arche photographique », qui dépasse le cadre de la photographie animalière pour toucher celui de nos consciences. Mon ambition : créer, à l’aube du IIIe millénaire, une « Arche de Noé photographique planétaire » ; photographier, avant qu’il ne soit trop tard, la faune sauvage en danger et témoigner de ces espèces rares et menacées inscrites sur la « Liste rouge » de l’UICN.
J’ai commencé à travailler sur ce projet dans la décennie 90. C’est un énorme travail de fond puisque je me suis fixé comme objectif de photographier la biodiversité de notre planète sur 100 pays. Ce projet n’a, à l’heure actuelle, aucun équivalent tant sur la couverture géographique que dans la diversité des espèces photographiées. Je m’intéresse à tout le règne animal : reptiles, amphibiens, mammifères, oiseaux, insectes…
Naturapics : Quel est l'état d'avancement de ce projet ambitieux ?
Gilles : Cette grande aventure qui me demande beaucoup d’énergie avance à grands pas, même si je rencontre beaucoup de difficultés de tous ordres. Aujourd’hui, j’ai couvert 67 pays et photographié de nombreuses espèces « totémiques ». La dernière en date : le Varan de Komodo en Indonésie.
Côté médias, j’ai déjà une exposition en extérieur de prévue pour le prochain festival de Montier-en-der qui sera dans le cadre de « L’Arche photographique », et consacré aux « Forêts tropicales du monde ».
Mon projet est également suivi par l’excellent magazine Image & Nature qui, dans chacun de ses numéros, me consacre une rubrique sur les espèces menacées.
Le logotype du projet est terminé et je vais officiellement lancer le dossier de presse début 2008. Tu vois, j’ai de quoi m’occuper !
La première phase du projet s’achèvera en 2010 avec la parution d’ouvrages et de grandes expositions.
Je pense que ce travail ne sera pas inutile, il sera une sorte de vitrine pour la biodiversité. Je souhaite utiliser la photographie, son pouvoir d’émerveillement et sa capacité à informer pour donner l’alerte. Pour moi, la photographie est un formidable outil de sensibilisation. Mes images accueilleront toutes les beautés du monde vivant, mais elles iront au-delà de la célébration esthétique : elles montreront sa fragilité et feront appel à la responsabilité humaine.
Naturapics : Parlons de la Brenne (nb : Gilles y organise des stages macros). Comment la situation écologique de ce parc a évolué ces dernières années ?
Gilles : Je suis allé pour la première fois en Brenne il y a une trentaine d’années et ce n’était pas du tout la Brenne d’aujourd’hui. Il suffit de jeter un coup d’œil rapide sur les étangs pour voir que pratiquement tous les nénuphars ont disparu. C’est en partie le résultat d’une pisciculture trop intensive. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres !
Malgré tout, la Brenne reste pour moi un lieu magique et sauvage. C’est pourquoi j’organise chaque année et depuis 6 ans des stages de macrophotographie dans ce fabuleux Parc naturel régional.
Naturapics : Quel matériel est indispensable pour réaliser de bons clichés (macros, oiseaux...) ?
Gilles : Pour réaliser de bons clichés d’oiseaux, il est indispensable de sortir l’artillerie lourde : 500 ou 600 mm et de travailler en affûts. Le gros souci en Brenne, comme dans beaucoup d’autres régions sauvages en France, ce sont les autorisations des propriétaires pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions.
Naturapics : Gilles Martin, c'est 7 ouvrages. Comment trouves-tu l'inspiration pour réaliser chaque nouveau livre ? Est-ce le fruit de plusieurs années de travail (une sélection de clichés)... ou au contraire, est-ce que tu as une idée de livre avant même de réaliser un travail photographique ?
Gilles : Chaque livre est une formidable aventure souvent faite de grandes joies et de déboires. En effet, entre la prise de vue et la sortie du livre, il y a une grande chaîne faite de multiples étapes que le photographe ne peut pas toujours contrôler (editing, photogravure, impression, etc.).
L’idée d’un livre s’immisce peu à peu dans l’esprit du photographe. Par exemple, pour « Les oiseaux du monde », l’idée de ce livre m’est venue en réalisant un editing sur les oiseaux pour un magazine. Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup d’espèces sur tous les continents. Pendant les 2 années suivantes, j’ai continué à photographier les espèces qui me manquaient pour terminer ce livre. À l’arrivée, dans cet ouvrage, 24 années séparent la photo la plus ancienne de la plus récente !
Naturapics : Justement, as-tu des projets d'ouvrages à venir ?
Gilles : Mes prochains livres seront consacrés à mon projet : « L’Arche photographique ».
Naturapics : Après des années de voyage, il y a t-il encore une espèce qui te fait rêver ? Et un endroit particulier ?
Gilles : Oui, L’okapi qui vit exclusivement au Congo. J’ai découvert le Congo récemment en allant photographier le Gorille de Montagne. J’ai vraiment envie d’y retourner notamment pour photographier le « mythique » okapi.
Naturapics : Gilles, merci beaucoup pour cet entretien. Un dernier petit mot ?
Gilles : C’est moi qui te remercie et puisque tu m’en donnes l’occasion, je souhaiterais juste dire un petit mot sur l’un des plus grands concours-photos nature sponsorisé par un petit coquillage. Je trouve qu’il y a beaucoup d’hypocrisie entre le discours des photographes animaliers pros ou amateurs qui prétendent réaliser des photos dans le but de la préserver et qui participent à ce concours.
Pour ma part, cela fait 7 ans que je n’ai pas participé à ce concours. Je pense qu’il faut faire passer ses idéaux avant son ego.
Un calendrier pour le vison d’Europe
Dans le cadre de son projet « L’Arche photographique », Gilles Martin lance l’opération «Un geste pour le vison d’Europe ».
En France, la population du vison d’Europe n’excède pas 200 individus. Pourtant protégé, ce mustélidé au bord de l’extinction risque d’être la prochaine espèce de mammifère française à disparaître.
L’intégralité des bénéfices de la vente de ce calendrier, à tirage limité, sera reversée à la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM).
Calendrier géant 2008 « Espèces menacées ». Gilles Martin présente dans son calendrier géant treize espèces menacées emblématiques (gorille de montagne du Congo, léopard, éléphant d’Afrique, tortue de mer, gélada…).
Format : 48 cm x 52 cm – papier 250 grammes avec vernis sélectifs mat et brillant.
Prix : 59,00 €.
Stage de macrophotographie
Chaque année, Gilles Martin organise d’avril à Septembre des stages de macrophotographie dans le Parc naturel régional de la Brenne. Pour tout renseignement, contacter Gilles Martin :
e-mail :
gillesmartin37@free.fr
Site internet :
www.gilles-martin.com
Nouveauté 2008 : stages de photographie animalière
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