Mercantour d'Alain Fournier

Les Alpes sont encore à l'honneur avec ce livre d'Alain Fournier dédié au Mercantour. Alain nous dévoile toutes les facettes de ce parc. Et même si ce livre n'est pas tout spécialement orienté "photo nature", la part belle est faite aux paysages et à la faune et la flore de montagne. De quoi donner envie de découvrir ou redécouvrir l'un des plus sauvages de nos parc nationaux.
Publié le 01/04/2011 par Arnaud Grizard
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Alain Fournier 2
Bonjour Alain, pourrais-tu te présenter en quelques phrases, en nous expliquant, entre autre, tes liens avec la photographie nature ?
Aussi loin que je me souvienne, la Nature a toujours pris une place importante dans ma vie, pour devenir primordiale aujourd'hui...bien qu'habitant en Camargue, j'ai toujours pratiqué la montagne et cela bien avant ma passion pour la photo animalière. Dès l'enfance, solitaire et un tantinet 'sauvage', j'ai trouvé refuge dans les œuvres de London, Curwood, Fenimore Cooper et autre Kipling qui trônaient dans la bibliothèque de mes parents. Après un séjour au Népal, suivi d'une période quelque peu chaotique où ma vie avait des airs du mythe de Sisyphe avec comme obsession de gravir des sommets, je me suis retrouvé à errer en Camargue avec mon boîtier. Tout est parti de là. Donc, sans vouloir tomber dans le mélo, les liens que j'entretiens avec la photo Nature sont profonds car ils m'ont permis de trouver un équilibre...vital. Pour le reste, je me considère comme un photographe 'opportuniste' avec une prédilection pour les oiseaux mais ouvert à tous les horizons, tous les continents, toutes les espèces...pour moi, l'essentiel réside dans "l'ambiance".

Tu viens de sortir un livre nommé « Mercantour », quel est ton lien avec cette région des Alpes ?
Il y a une quinzaine d'années, j'avais passé une semaine à faire de la randonnée du côté de Barcelonnette...l'été dernier, limité financièrement, j'ai appelé ma tante pour savoir si je pouvais séjourner chez elle à Saint-Martin...et suis littéralement tombé raide dingue du coin ! Des parcs nationaux où j'ai pu traîner mes guêtres, le Mercantour est celui qui a ma préférence.
Mercantour
Combien de temps as-tu consacré à ce projet ? L’avais-tu en tête depuis longtemps ?
Ce projet est dû au hasard...en septembre dernier, Bertrand Dalin (le boss des éditions Déclics) me contacte après avoir vu quelques photos de la Vanoise sur mon site en me demandant si un livre sur celle-ci m'intéresserait...il se trouve que je n'étais pas emballé pour de multiples raisons... Lors de l'échange, plusieurs régions sont évoquées dont celle du Mercantour. Là, mon œil s'est instantanément allumé car j'y avais passé plusieurs jours durant l'été et ça avait été un gros coup de cœur ! En revanche, je devais revoir ma nouvelle façon d'aborder un sujet...je venais de passer presque 6 mois d'observation (dont 2 quasi tous les jours) sur un couple d'échasses blanches et là, j'avais trois mois pour tout boucler ! Mais le défi était séduisant dans la mesure où ça me permettais de savoir si j’étais capable de travailler dans l'urgence tout en rendant un boulot propre sur des sujets qui ne m’étaient pas forcément habituels. Et puis, c’étais aussi un « exercice de style » dans le sens où je devais suivre plus ou moins le synopsis de l'éditeur.

« Mercantour » est surtout axé sur les paysages (paysages naturels et paysages humanisés), comment as-tu procédé, avais-tu une idée précise des lieux à photographier ou as-tu laissé ton regard errer un peu partout à la recherche de LA photo ?
J'avoue que c'est la partie sur laquelle une pression s'est faite ressentir...photographier correctement un village n'est pas si simple (pour moi du moins) et le laps de temps imparti pour le repérage des lieux se révélait minime. Mais je me suis pris au jeu notamment avec certains villages comme Tende ou Saorge qui ne figuraient pas sur la liste initiale mais pour lesquels j'ai eu un véritable coup de foudre ! En principe, j'arrivais la veille sur le site et je repérais si la lumière éclairerait les façades le matin ou le soir (c’est encore plus problématique avec les villages de montagne), ensuite je m'organisais au mieux pour répartir les heures. Par exemple, il m'est arrivé de partir très tôt faire les Merveilles avec de la neige parfois jusqu'au genou, de revenir en courant sur les portions plus praticables afin d'être positionné au point de vue choisi la veille sur Saorge pour bénéficier de la luminosité adéquate de la fin de journée ! Et avec les montagnes, l'éclairage le plus homogène ne dure souvent que quelques dizaines de minutes ... j'ai donc découvert qu'il fallait jouer en permanence avec les fenêtres météo, les nuages qui jouent à cache-cache, les ombres plus ou moins esthétiques, bref des détails qui sont plus facilement gérables en plaine. Après, il y a aussi les « passages obligés » car connus comme Isola (et je ne parle même pas de la station) qui va se révéler super « chiant » à photographier car sans réel point de vue percutant. C'est là où tu perds le plus de temps car tu as beau tourner et tourner encore, les possibilités ne sont pas légions !

Ton livre consacre également une part belle à la faune et la flore du Mercantour. Quelle sont pour toi les animaux et les plantes emblématiques du parc et quelles sont les espèces qui t’ont procuré les plus belles rencontres ?
Je dirais que le loup est l'animal emblématique du parc même si je n'ai pas eu la chance de le rencontrer à l'état sauvage...après, je n'ai pas eu de rencontre spectaculaire émotionnellement comme celles qu'on peut compter sur les doigts d'une main au cours d'une décennie voire d'une vie ! Cependant, j'ai vécu de bons moments...la rencontre furtive avec un mâle bouquetin plutôt farouche au col de Fenestre ou encore un matin en arrivant au bout de la montée du col de Trécolpas, le soleil qui filtrait en contre-jour dans une poignée d'arnicas des montagnes. En réalité, ma plus belle rencontre s'est faite avec le parc en lui-même et particulièrement, un soir, face au Caïre de la Madone où j'y ai ressenti comme un appel au mystique alors que le ruisseau qui brillait semblait me chuchoter « tu n'es qu'un simple orpailleur de l'invisible alors assieds-toi et contemple ». Ce soir là, j'ai pris quelques photos et je me suis assis.
Mercantour oiseau
Peux-tu nous raconter une anecdote d’une de ces rencontres avec la faune de montagne ?
Celle amusante d'une marmotte tombée amoureuse de mon grand angle et qui ne cessait de venir le renifler ! Elle devait être persuadée que mon sac photo recelait des trésors gustatifs.
Mercantour marmotte
Avec quel matériel travailles-tu et quels conseils pourrais-tu donner à quelqu’un qui voudrait se lancer dans la photographie de nature ?
Ma passion initiale étant le voyage, j'ai, jusqu'il y a peu, toujours privilégié le prix de billets d'avion à celui du matériel...de ce fait, j'ai quasiment eu uniquement des boîtiers d'entrée de gamme Canon depuis les presque 6 ans que je pratique la photo « Nature ». La plupart de mes photos ont été effectuées avec le 100-400 Canon, sauf depuis l'été 2009 où à cause du SAV qui trainait en longueur, j'ai acquis un 500 Sigma. Mon boîtier actuel est un 50D et depuis l'an dernier, un 17-40 et un 150 macro tiennent compagnie à mon 24-105. Je n'ai jusqu'à maintenant jamais utilisé de filtres mais compte m'y mettre très prochainement...

Prodiguer des conseils n'est jamais simple mais mon premier serait celui de respecter l'endroit qui nous accueille et les espèces qui y vivent. Cela peut sembler très « cliché » mais se revendiquer Photographe Nature sans réellement l'aimer, avec comme seul but de sortir des images, c'est pour moi aussi abscons que de pratiquer un sport en se dopant dans l'espoir d'arriver à quelque chose ! Après, il y a plein d’autres conseils judicieux ... S'armer de patience, savoir se remettre en question, se dire que certaines critiques sont constructives mais emprunter aussi son propre chemin ... Enfin, que la passion demeure l'essence de tout, en gardant à l'esprit qu'il est important de savoir s'adapter à son matériel aussi modeste soit-il, avec la priorité incontournable de soigner ses cadrages.
Mercantour paysage
Tu es sans doute très occupé en ce moment par la promotion de ton ouvrage mais as-tu déjà d’autres projets en tête ?
Ben effectivement, ce ne sont pas les projets qui manquent...notamment un qui se profile du côté de la partie septentrionale de l'Amérique du Nord...après, je laisse tranquillement murir une collaboration avec mon ami Franco (Limosani) mais dans un futur plus proche, j’attends impatiemment la sortie (qui tarde) d'un troisième livre réalisé avec le compère Thierry Vezon.

Toute l’équipe de Naturapics te remercie Alain pour cet entretien. Pour finir, veux-tu ajouter un petit mot ?
C'est moi qui te remercie Arnaud ainsi que l'équipe de Naturapics...un petit mot ? Oui, juste histoire de préciser que, comme peuvent s'en douter certains, ce livre ne peut être quelque chose de « réellement personnel » dans le sens où il y a obligatoirement des concessions photographiques à faire dans ce style de démarche...et, s'il y a forcément de l'application et certaines images qui me tiennent à cœur, le petit oiseau en ombre chinoise perdu dans le brouillard sera absent. A ce propos, je salue l'implication, l'approche et le courage de Sébastien De Danieli...




Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site d'Alain :Déclic Sauvage

Mercantour page 1
Mercantour page 2
Mercantour page 3



A propos de l'auteur

Arnaud Grizard
Photographe autodidacte, Arnaud a su bâtir un style personnel autour de sa passion : la macrophotographie. Fin connaisseur du monde miniature et des techniques photographiques, il partage ses connaissances et participe activement aux actions de l'Association Sportive de la Chasse Photographie Française.
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